Revue Suisse de Photographie, Visp
Qui ne connaît, de réputation du moins, la Revue Mayol ? Chaque année, elle fait le tour des métropoles, donnant à la petite bourgeoisie l’occasion de se rincer l’oeil. Sémillantes, frétillantes, pimpantes, aguicheuses, encorsetées ou peu vêtues, des myriades de créatures mènent une danse effrénée. C’est l’éblouissement de la paillette, le clinquant de pacotille, on en a plein les yeux, le rythme cardiaque s’accélère, la tension monte… mais en deçà de la scène qu’y a‑t-il ?
Costa Haralambis, jeune photographe grec habitant la Suisse, est allé promener son objectif dan les coulisses, dans les loges des artistes, dans les corridors. Côté cour, les masques sont tombés, le clin d’oeil complice n’est plus de rigueur. On enfile des costumes de lumière, on s’habille tout en plumes, on se déshabille, selon. Souvent, il faut attendre. Un bouquin aide à tuer le temps. Les habilleuses telles des fourmis ouvrières ajustent les déguisements qui tout à l’heure déchaîneront les applaudissements. Elles ne sont pas faites au tour ces cousettes, leurs seins, leurs fesses, leur savoir-faire ne constituent pas leur gagne-pain. Elles ne sont pas des artistes, peut-être des fées de l’aiguille mais c’est tout ! Dans l’ombre elles sont, dans l’ombre elles resteront.
Le maquillage, les fanfreluches, un sourire indéfectible et parfaitement ajusté font des filles du spectacle des vénus à la pelle. Le mouvement entretient l’illusion et les éclairages sont d’autant d’artifices corrigeant des anatomies peu canoniques. Qu’on ne se méprenne pas, ces danseuses travaillent bel et bien et souvent dans des conditions précaires. Par tous les temps, sous toutes les latitudes, dans les instants de vagua à l’âme comme dans les moments d’euphorie. Elles jouent la grande illusion, la perspective cavalière, donnant des rendez-vous par oeillades interposées à chaque spectateur. Autant de rendez-vous, autant de lapins. Ce n’est la maison close ou la rue St Denis, diable !
Les photos de Costas Haralambis fixent des déesses descendues de leur piédestal. Le public qui les fait vibrer, qui les porte, est de l’autre côté. Dans les espaces lugubres des loges, elles confient au miroir un peu de leurs soucis, de leur peine. Elles sont seules entre elles à se raconter des banalités, à commenter leur numéro ou encore à se distraire du trac. Sont-elles vraiment indiscrètes de Haralambis ? Elles sont prises de l’autre côté du miroir, c’est tout.
jdR
