24 Heures, Lausanne
(Programme TV)
COSTA HARALAMBIS
Costa Haralambis, 30 ans, vit depuis quelques années dans notre pays ou il se livre à une activité photographique et cinématographique fort intéressante. Il a quitté la Grèce en 1969. Il supportait mal le climat politique qui y régnait.
« Un climat noir et désespérant », m’a-t-il dit. « Il n’était pas possible de s’exprimer librement. On était bloqué. Les artistes et les écrivains étaient censurés de A jusqu’à Z. Personnellement, je n’étais pas engagé. Au cinéma, nous n’avions, comme films nationaux, que des films de propagande ou de guerre ou encore des mélodrames plus ou moins porno. Si l’on voulait faire du cinéma, il n’y avait qu’une solution : s’engager à l’armée en tant que cinéaste dans la section qui lui était réservée. »
Dans ces conditions, Costa Haralambis préféra demander un congé militaire pour études à l’étranger. Il se rendit à Vevey à l’Ecole d’arts appliqués pour y suivre des cours de photographie. Il y resta une année avant de faire un apprentissage chez Oswald Ruppen, un des derniers pionniers du reportage photographique, à Sion. Là, il apprit à approcher la vie à travers la photo.
« C’était en 1973. Je suis allé à droite et à gauche. J’ai placé quelques reportages dans la presse suisse. A 24 HEURES,
j’ai même fait un petit scandale en publiant un reportage clandestin sur un camp de prisonniers politiques en Italie. Il ne s’agissait pas d’Italiens, mais de réfugiés des pays de l’Est et de Grèce. Ils avaient fui leurs pays. On les avait mis en quarantaine dans des camps construits par Mussolini. Ils attendaient depuis des années que l’on s’occupât d’eux. J’y ai passé trois jours et trois nuits. C’est un exemple du reportage qui sert à quelque chose. C’est l’une des rares occasions où j’ai pu faire ce que j’ai voulu. »
En 1975, il décida de se lancer tout seul dans la réalisation d’un film avec tous les risques que cela comportait. Sensibilisé par ce qui se passait dans les milieux psychiatriques, il s’engagea comme aide-infirmier dans une clinique des environs de Vevey. Il obtint l’autorisatin des responsables de cet établissement de tourner « Une semaine sans raison », un long métrage de deux heures joué par les patients et les médecins. Il n’y avait pas d’intrigue. On voyait vivre des gens surpris par l’objectif.
Au début de 1976, grâce à ce film, il fit la connaissance de Freddy Landry et de Papa Oyeah Makenzie. De cette rencontre entre un musicien africain, un producteur suisse et un réalisateur grec est né « Odo-Toum, d’autres rythmes » que l’on pourra voir vendredi en fin de soirée à la Télévision suisse romande. Il évoque avec beaucoup de sensibilité le personnage assez extraordinaire de ce musicien africain, sa manière de vivre à Genève, sa rencontre avec le monde des Blancs, sa volonté de revenir aux sources de la musique d’Afrique.
René Dasen
