On tourne à Vevey un film «Nocturne» de Costa Haralambis

On tourne à Vevey un film «Nocturne» de Costa Haralambis

L'Impartial, La Chaux-de-Fonds
A partir d'une étude universitaire, nous évoquons ci-contre le problème de la continuité - où plutôt de l'absence de continuité - dans le cinéma suisse. La statistique est une chose, révélatrice d'un ensemble, d'une situation de fait, mais froide , les cas particuliers une autre, bien plus vivante. Ainsi Costa Haralambis doit-il être classé dans la liste de ceux qui ne bénéficient pas de continuité. Il fut présent à Soleure en 1975 avec un curieux premier long-métrage, «Une semaine sans raison», document sur l'Hôpital psychiatrique de Nant, qui comprenait quelques scènes de fiction et fut reconnu intéressant par quelques-uns. En 1979, c'était un deuxième long-métrage, «Odo-Toum, d'autres rythmes», film de fiction à partir d'une observation documentaire, la musique authentique d'un Noir d'Afrique, Papa Oyeah Makenzie, qui vit à Genève depuis longtemps. Quant au producteur, Milos-Films, il fut présent presque quarante fois à Soleure depuis 1968, avec une parenthèse en 1980. Pour le moment, un projet d'une certaine ampleur «Fin d'autoroute» n'a pas pu encore trouver son financement assez élevé, près d'un million, car il dépend de la présence d'un ou deux acteurs connus. Faut-il alors attendre au portillon de longs mois, sinon des années, que le tour soit venu d'obtenir une aide fédérale , une confortable coproduction avec la France où la télévision'? Haralambis et Milos-Films se sont décidés à jeter une sorte de défi dans le climat actuel du cinéma suisse. DE GRÈCE AU LÉMAN

A partir d'un roman encore inédit de Michèle Ibensaal, «Suites pour une île», le cinéaste et la romancière ont tiré de la première partie le scénario d'un long-métrage, «Nocturne» qui transporte l'action d'une île grecque sur la Riviera vaudoise, sans trahir l'esprit de l'errance nocturne de trois personnages, deux hommes et une femme, paumés, exaspérants, tendres, narcissiques.

Et vogue la galère. Pas d'argent, pas de Suisses? Et bien non. Le défi continue. Le film est tourné en 16 mm, noir-blanc. Un budget minimal a été calculé pour acheter la pellicule, faire les indispensables travaux de laboratoire, louer une partie du matériel (pour le reste on se débrouille avec des partenaires qui comprennent l'esprit du défi), nourrir l'équipe formée de professionnels et d'autres qui veulent le devenir, ou d'amateurs passionnés par une telle expérience, toute l'équipe sans exception a accepté de travailler sans salaire. Chacun serait-il à peine normalement payé, tout le matériel loué, les services rendus rémunérés à leur valeur réelle que le coût du film se monterait à cent cinquante mille francs ou même plus, or c'est avec à peine vingt mille francs que la production a été lancée.

APPUIS NÉCESSAIRES

Les parts revenant à quelques partenaires d'«Odo-Toum, d'autres rythmes» sur une prime fédérale d'études peuvent être réinvesties dans ce nouveau projet. La ville de Vevey apporte son aide en prestations de service et financièrement. Le canton de Neuchâtel a promis la sienne dans l'espoir que celui de Vaud en fasse autant (la majorité de l'équipe est veveysanne et lausannoise; sont neuchâtelois le producteur, l'opérateur et la script-girl). Il devrait être possible de trouver encore d'autres appuis locaux.

Vogue donc cette galère nocturne puisque le film est tourné surtout de nuit. Les acteurs répètent le texte et l'enregistrent avant le tournage, jouent ensuite en play-back. Un transpalette roule sur des planches pour remplacer les rails du travelling. Chacun a organisé son temps de vacances pour faire le film qui avance presque normalement, conformément au plan prévu. Il ne reste dès lors qu'à le réussir pour que le défi du seul fait du tournage soit couronné par un succès d'estime, un achat de la télévision, un passage qui sait dans des salles. Les dettes de production seront rares. Ceux qui ont pris les risques de leur temps libre et de leur travail pourraient ainsi retrouver un début de compensation, ce qui ne semble du reste pas être la préoccupation générale. Car tourner un film est aussi un plaisir malgré la fatigue et les tensions.

Freddy Landry

Article original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
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