On tourne à Vevey un film «Nocturne» de Costa Haralambis
A partir d'un roman encore inédit de Michèle Ibensaal, «Suites pour une île», le cinéaste et la romancière ont tiré de la première partie le scénario d'un long-métrage, «Nocturne» qui transporte l'action d'une île grecque sur la Riviera vaudoise, sans trahir l'esprit de l'errance nocturne de trois personnages, deux hommes et une femme, paumés, exaspérants, tendres, narcissiques.
Et vogue la galère. Pas d'argent, pas de Suisses? Et bien non. Le défi continue. Le film est tourné en 16 mm, noir-blanc. Un budget minimal a été calculé pour acheter la pellicule, faire les indispensables travaux de laboratoire, louer une partie du matériel (pour le reste on se débrouille avec des partenaires qui comprennent l'esprit du défi), nourrir l'équipe formée de professionnels et d'autres qui veulent le devenir, ou d'amateurs passionnés par une telle expérience, toute l'équipe sans exception a accepté de travailler sans salaire. Chacun serait-il à peine normalement payé, tout le matériel loué, les services rendus rémunérés à leur valeur réelle que le coût du film se monterait à cent cinquante mille francs ou même plus, or c'est avec à peine vingt mille francs que la production a été lancée.
APPUIS NÉCESSAIRESLes parts revenant à quelques partenaires d'«Odo-Toum, d'autres rythmes» sur une prime fédérale d'études peuvent être réinvesties dans ce nouveau projet. La ville de Vevey apporte son aide en prestations de service et financièrement. Le canton de Neuchâtel a promis la sienne dans l'espoir que celui de Vaud en fasse autant (la majorité de l'équipe est veveysanne et lausannoise; sont neuchâtelois le producteur, l'opérateur et la script-girl). Il devrait être possible de trouver encore d'autres appuis locaux.
Vogue donc cette galère nocturne puisque le film est tourné surtout de nuit. Les acteurs répètent le texte et l'enregistrent avant le tournage, jouent ensuite en play-back. Un transpalette roule sur des planches pour remplacer les rails du travelling. Chacun a organisé son temps de vacances pour faire le film qui avance presque normalement, conformément au plan prévu. Il ne reste dès lors qu'à le réussir pour que le défi du seul fait du tournage soit couronné par un succès d'estime, un achat de la télévision, un passage qui sait dans des salles. Les dettes de production seront rares. Ceux qui ont pris les risques de leur temps libre et de leur travail pourraient ainsi retrouver un début de compensation, ce qui ne semble du reste pas être la préoccupation générale. Car tourner un film est aussi un plaisir malgré la fatigue et les tensions.
Freddy LandryArticle original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
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