Première à Vevey : « Claire et l’obscur »

L’Impartial, La Chaux-de-Fonds

Le nouveau film de Costa Haralambis

En juillet der­nier, à deux reprises, nous avions pro­po­sé à nos lec­teurs un jour­nal de tour­nage d’un film qui s’ap­pe­lait alors « Nocturne », de Costa Haralambis, vécu de l’in­té­rieur par le pro­duc­teur qui cumule cette fonc­tion avec celle de chro­ni­queur ciné­ma­to­gra­phique de l’Impartial.

Tout s’é­tait bien pas­sé, l’é­quipe était contente du résul­tat de son tra­vail, les séquences de rushes ne furent jamais dépri­mantes – elles peuvent l’être, même pour de grands films. Mais il existe quatre mille mètres de pel­li­cule 16 mm. impres­sion­née – quatre heures envi­ron – rien n’est encore joué. Il faut ordon­ner la matière, mon­ter le film, lui trou­ver son rythme, y ajou­ter la bande sonore qui com­prend main­te­nant dia­logues entre prin­ci­paux per­son­nages, réflexion-off sur le récit lui-même et la des­ti­née des per­son­nages, com­po­ser la musique et la pla­cer sur le film, enre­gis­trer les sons et mélan­ger le tout lors d’o­pé­ra­tions qui demandent beau­coup de temps, le mixage, fait en plu­sieurs étapes, entre mots d’une part, musique et bruits de l’autre (on arrive par­fois à pla­cer cet ensemble de sons sur six à huit bandes dif­fé­rentes, alors qu’en géné­ral l’i­mage est mise sur deux bandes alter­nées). Ce tra­vail ter­mi­né, l’o­pé­ra­teur inter­vient, avec l’é­ta­lon­neur du labo­ra­toire, pour créer l’u­ni­té de lumière, l’é­qui­libre entre les noirs et les blancs, en conti­nui­té, ce qui n’est pas for­cé­ment facile pour un film tour­né en grande par­tie de nuit, avec des lots de pel­li­cule différents.

Le film est main­te­nant presque ter­mi­né. Une pre­mière pro­jec­tion a lieu à Vevey ce ven­dre­di 28 mai, des­ti­née à ceux qui ont sou­te­nu le film, de leurs deniers publics ou pri­vés, avec des pres­ta­tions de ser­vice, des fac­tures qui atten­dront les pre­mières recettes pour être (peut-être) réglées, et pour toute l’é­quipe, des res­pon­sables de postes impor­tants aux plus modestes, une bonne cin­quan­taine qui tous ont renon­cé à un salaire pour tra­vailler en par­ti­ci­pa­tion. C’est un moment d’an­xié­té : l’é­quipe est contente du résul­tat qui cor­res­pond à son attente, mais cette satis­fac­tion sera-t-elle partagée ?

Tout n’au­ra pas été facile durant ces der­niers mois. Un par­te­naire belge sur lequel on comp­tait pour les tra­vaux de fini­tion (mon­tage, sono­ri­sa­tion, mixage) a dis­pa­ru. Il fal­lut se sub­sti­tuer à lui, emprun­ter l’argent indis­pen­sable à ces opé­ra­tions, si bien que le réa­li­sa­teur en petite par­tie et le pro­duc­teur sont endet­tés, ce qui rend leur marge de manœuvre plus étroite.

Et cette pre­mière, qui joue un peu le rôle de « pre­view » comme le font les Américains, marque le pre­mier pas de l’é­tape sui­vante, la dif­fu­sion du film, trou­ver les gens qui s’y inté­ressent dans des chaînes de TV, pas­ser dans des fes­ti­vals, ren­con­trer des dis­tri­bu­teurs suisses et étran­gers, bref, faire vivre un film en contact avec son public qui reste à trouver.

Freddy Landry

 

 

 

Article original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
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