Vevey, Mecque des télés?

Vevey, Mecque des télés?

©TV8, Lausanne
Le premier Marché international des télévisions et radios locales et indépendantes s'est tenu à Vevey du 20 au 23 juin. Tout en saluant l'initiative, certaines télés romandes s'interrogent.

Vevey pourrait-elle devenir le lieu de rencontre incontournable des télévisions régionales en Europe? Il n'est pas interdit d'y croire après la tenue du premier Marché international des télévisions et radios indépendantes et locales (Mitil). Fondée et présidée par Costa Haralambis, qui avait créé ICI TV à Vevey, l'association du Mitil vient de réaliser une première européenne. Elle a réuni, en même temps et dans un même endroit, un marché de programmes (vidéokiosque), une exposition technique et une série de conférences consacrées exclusivement aux diffuseurs et producteurs locaux et indépendants.

Alors que Costa Haralambis tire un bilan positif (voir encadré), plusieurs télés romandes saluent l'initiative visant à développer une vaste plateforme d'échanges, mais expriment des réserves sur la forme. Stéphane Jeanrenaud, le nouveau directeur de Canal Alpha à Cortaillod, estime que la survie des petites structures réside fondamentalement dans la diffusion de sujets régionaux. Le Neuchâtelois croit donc plus à un marché de concepts d'émissions adaptables à la sauce locale qu'à un vidéokiosque d'émissions toutes faites, comme l'a proposé le Mitil. «Le téléspectateur attend que son diffuseur régional traite de sujets de proximité, concède Costa Haralambis, mais il a aussi besoin d'air! Pendant les cinq ans où j'ai créé les émissions d'ICI TV, celle qui a le mieux marché était tournée hors région.» Pour le président du Mitil, le potentiel est énorme. Si une société produit 5% de programmes susceptibles d'intéresser les autres, multipliés par trois mille télés européennes sur dix ans, «ce sont des milliards d'heures de programmes qui dorment dans les caves, alors que d'autres pourraient les diffuser».

Mais le bémol principal des sceptiques provient en fait des ressources financières très limitées des télés locales. «L'idée de base du Mitil est excellente, résume Thierry Bovay, directeur d'ICI TV à Vevey, mais je m'interroge sur la formule d'une exposition. Les télés régionales n'ont pas les moyens d'acheter des programmes et manquent de ressources pour envoyer deux personnes pendant trois jours en Suisse.» Costa Haralambis rétorque que la solution passe par un financement institutionnel de la manifestation veveysanne, qui doit permettre d'inviterles moins bien lotis, comme ce fut fait pour les pays de l'Est lors de cette première édition. Quant au vidéokiosque (cent cinquante programmes), il n'est pas réservé à la vente et à l'achat, mais doit permettre aussi de négocier des échanges et d'établirdes liens.

Télésuisse, l'association des télés régionales helvétiques, n'a pas été insensible à l'idée. Elle a accepté de parrainer la manifestation. «Nous n'avonspas la boule de cristal pour savoir si elle est promise à un brillant avenir, résume son porte-parole Filippo Lombardi, mais nous avons eu l'impression que ça valait la peine d'essayer.»

Sébastien Sautebin

Premier bilan positif

«Je suis fier de cette première édition, confie Costa Haralambis. Vous savez, démarrer de rien et réussir à faire venir trois cents participants d'un milieu qui reste très isolé, celui des télés locales, n'est pas une mince affaire. La preuve a été faite que nous répondons à une réelle demande.» Seule déception, la présence d'une quinzaine d'exposants techniques, alors que le double était prévu. Le président du Mitil relativise en évoquant la tenue d'une exposition similaire à Singapour, ainsi que de nombreuses faillites dues à la conjoncture mondiale. Le bilan global se veut néanmoins positif et une deuxième édition a déjà été prévue pour juin 02, avec l'objectif ambitieux d'accueillir cinq cents participants. Pour y parvenir, une recherche de fonds sera nécessaire. Si le premier Mitil a bénéficié de l'appui de la ville de Vevey et de l'Ofcom, il boucle comme prévu avec un défici d'environ 330 000 francs pour un budget de 800 000 francs.

«Une manifestation de ce type ne peut vivre qu'avec des soutiens institutionnels», précise Costa Haralambis, bien décidé à les rechercher aux niveaux communal, cantonal, fédéral et européen. Le Mitil a besoin d'un apport annuel de 300 000 à 500 000 francs. Son avenir et son développement en dépendent.

Filippo Lombardi, directeur de TeleTicino et porte-parole de Télésuisse, devant l'un des ordinateurs du vidéokiosque permettant de visionner cent cinquante programmes réalisés aux quatre coins de l'Europe. Costa Haralambis, président-fondateur du Mitil: « Nous avons accueilli, au coeur d'un pays qui n'appartient pas à la CE, la seule manifestation européenne dans ce domaine.»

 

Article original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
© Tous droits réservés par Ringier Axel Springer Suisse SA