Sonder les reins et les cœurs...
Parmi les multiples possibilités qu'offre le cinéma, il en est une qui reste rarement exploitée, sans doute en raison des difficultés qu’elle présente: c'est celle qui consiste à sonder les reins et les cœurs, à établir le portrait authentique d’une personnalité, artiste ou homme politique, et à amener celle-ci à parler d’elle-même de façon naturelle, sans que le spectateur soit tenté de croire à un exhibitionnisme qui deviendrait très vite déplaisant, et rendrait l’entreprise détestable dans son ensemble.
Il y a, d'une part, le fait que peu de grandes vedettes se prêtent aisément et sans risques excessifs à ce genre d’exercice. D’autre part, cela implique de la part du cinéaste plus qu'un vague intérêt: une passion à l’égard de son personnage, et la capacité de lui inspirer confiance, jusqu’à ce que celui-ci accepte de se livrer entièrement, sans fard ni masque.
La tentative du jeune réalisateur veveysan Costa Haralambis (auquel on devait déjà « Une Semaine sans Raison ») de présenter le musicien noir Papa Oyeah Makenzie dans un long métrage de 90 minutes était, à cet égard, intéressante, mais aussi audacieuse. Etabli à Genève, cet artiste ghanéen s’est fait connaître par divers récitals, en Suisse romande et dans la région lémanique notamment, et par un disque 30 cm.: « Love Power», où il démontre son habileté à jouer pratiquement de la plupart des instruments typiques africains.
L’ambition de Papa Oyeah Makenzie de faire de la musique un moyen de communiquer avec autrui, et de transmettre son idéal de fraternité et d'amour, a peut-être quelque chose d'un peu utopique, compte tenu que la musique noire, du moins dans la forme où il la pratique, est difficilement recevable par tout un chacun, et qu’il
y faudrait presque une certaine initiation. Mais le film ds Costa Haralambis parvient à nous convaincre — et c’est déjà beaucoup — de la sincérité du héros, qui ne peut que réaffirmer sans cesse (un peu trop peut-être!) les mêmes thèmes et les mêmes convictions.
Costa Haralambis nous rend sensible également le souci quasi obsessionnel de Papa Oyeah Makenzie de ne pas se laisser récupérer par un certain système, qui risquerait de faire de lui un simple instrument et, de plus, finirait par le couper de ses vraies racines, qui sont l’Afrique et la terre ancestrale.
On ne peut que se réjouir de voir apparaître enfin sur les écrans de Suisse romande cette réalisation, sympathique malgré des imperfections dont M. Haralambis, aujourd’hui, est tout à fait conscient. Il faut rappeler également que ce film, très honnêtement interprété par Jean-Luc Bideau, Jacques Denis et Yvette Théraulaz, notamment, a été en partie tourné à Vevey et à Montreux, avec le concours de nombreux figurants veveysans.
Jean-Louis Rebetez«Odo-Toum, d'Autres Rythmes », film de Costa Haralambis, encore à l'affiche du cinéma «Royal», à Vevey, vendredi 25, samedi 26, dimanche 27 et lundi 28 mai, à 20 h. 30, Au même programme : «La Jacinthe d'Eau», court métrage d'un autre jeune réalisateur veveysan, Jean-François Amiguet, suivi ce soir et lundi d'un débat sur les problèmes écologiques.
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