Le FIFEF à Dakar

Le FIFEF à Dakar

L'Impartial, La Chaux-de-Fonds

Peu de perles africaines

Le FIFEF a donc bouclé, après son escale dakaroise, son itinéraire de la francophonie qui a passé par la Belgique, la Suisse, la Louisiane, le Liban et le Canada.

On reste cependant perplexe sur les motivations profondes et le rayonnement réel d'une manifestation qui aurait dû évoluer plus largement au service des divers pays qu'elle recouvre, devenant une véritable plate-forme d'échanges, et se détacher de son dominateur et bailleur de fonds principal, la France. Mais ce vœu, d'ailleurs également exprimé par les Africains il y a quelques années, est demeuré lettre morte et la centrale et cheville ouvrière du F.I.F.E.F (Festival international du film et d'échanges francophones) est encore bien parisienne.

Dakar a donc vécu durant dix jours au rythme de ce festival qui n'apporta que peu de surprises mais permit cependant quelques discussions fructueuses entre cinéastes africains, les Européens n'ayant pas été invités.

A Ouagadougou, en février dernier, nous avions recensé une bonne dizaine de films en chantier à divers stades de préparation et une foule de films moyens et courts. Il s'est passé relativement peu de choses depuis cette date, sinon que le Nigérien Djingarey Maiga a terminé « Nuages noirs », laborieuse comédie sur la corruption de fonctionnaires qui semble être une tare très (trop) commune en Afrique.

C'est également la corruption, mais au niveau de la vie quotidienne, que dénonce Ousmane Mbaye dans « L'enfant de Ngatch » ; on y voit des paysans qui n'ont plus confiance dans les coopératives, créées pourtant pour leur bien, car dès le pesage de leur récolte, le vol s'installe.

Le Sénégalais Samba Félix Ndiaye montre, quant à lui, les problèmes auxquels sont confrontés les pêcheurs dans « Gety Tey ».

C'est presque sans paroles que s'exprime Cheikh Gaïdo Ba pour montrer les difficultés de l'irrigation d'une région et les fruits qu'un tel travail peut rapporter aux populations; cette œuvre « Rewo Daande Maayo » se voit comme un long poème.

La participation suisse a fait très bonne figure avec « Odo-toum, d'autres rythmes » de C. Haralambis et les intellectuels sénégalais, habitués aux problèmes de l'exil, de l'isolement et d'un travail de création dans un milieu étranger, voire hostile, se sont parfaitement reconnus dans le personnage de Papa Oyeah.

« Les petites fugues » d'Yves Yersin était certainement le meilleur film de cette confrontation et la tranche de vie de Pipe fut comprise à la façon d'un Tati suisse.

Pour des raisons psychologiques évidentes, le Jury préféra « West Incites » de Med Hondo. Mauritanien d'origine, homme de théâtre, Med Hondo se bat depuis des années pour faire passer ses idées et une certaine forme de cinéma authentiquement africain, que ce soit en abordant les problèmes de l'émigration, dans « Soleil O » ou celui de la lutte du peuple du Sahara occidental dans « Nous aurons toute la mort pour dormir ». Il envisage le cinéma non comme une calligraphie artistique mais comme arme de combat.

"West Indies" fait l'historique de la traite des Noirs dans les îles des Petites Antilles et de leur exploitation, puis relate le mouvement inverse qui se dessine actuellement, soit l'importation de main-d'œuvre de la Martinique et de la Guadeloupe, afin d'une part de payer moins cher et de faire pression sur les salariés français et d'autre part de vider ces îles de leur population, donc de toute vie.

La mise en scène de Med Hondo s'organise à l'intérieur même d'un bateau négrier qui fit la navette, avec des milliers de personnes, et c'est sur des rythmes endiablés que l'histoire se développe. C'est une vision partielle, mais originale et profonde, d'un drame humain qui n'a pas cessé.

La première œuvre cinématographique du Nouveau Théâtre Tunisien est remarquable en plusieurs points. Tout d'abord au niveau du travail collectif partant d'une activité théâtrale intense ct d'autre part d'un découpage très intéressant sur la base d'une pièce de Brecht, « La Noce chez les petits bourgeois ». La recherche esthétique est d'ailleurs particulièrement signifiante, créant avec de faibles moyens une atmosphère prenante tenant à l'intensité dramatique.

Ce fut certainement la révélation de ce festival qui se cherche un nouveau souffle. Cette présente édition aura tout de même permis de bons contacts sur le plan africain puisqu'elle se doublait d'une rétrospective organisée conjointement par l'Association des cinéastes sénégalais et la nouvellement créée Association des critiques cinématographiques.

J.-P. BROSSARD Reioo Daande Mayo, de Cheikh Caïdo Ba (Sénégal).

 

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