La Gruyère
Télévision Régionale
Le canton aura-t-il sa télévision régionale ? Après l’échec d’un projet soutenu parle Gouvernement, un autre se lève, encore timide, entre Fribourg et Vevey, siège de la chaîne ICI-TV. La Gruyère, et le téléréseau bullois, aiguisent les appétits.
Un nouveau projet de télévision fribourgeoise ? Radio Fribourg l’annonçait jeudi sur ses ondes : « La chaîne ICI-TV souhaite utiliser la concession qui lui est octroyée jusqu’en Gruyère. La télévision vaudoise et un groupe de partenaires fribourgeois ont défini les grandes lignes du projet. » La réalité est plus nuancée, explique Philippe Crausaz, de l’agence Buchheim & Crausaz Communication, à Givisiez. « J’ai eu un contact informel avec le directeur d’ICI-TV car je pense qu’une télévision fribourgeoise est nécessaire. On a enterré un peu rapidement le projet présenté l’été passé. Je souhaiterais bien repartir avec autre chose mais je ne suis qu’au stade de l’idée. » Manière de relancer le débat.
Il n’en fallait pas davantage pour que Costa Haralambis saisisse la balle au bond. Le directeur d’ICI-TV compte bien « encourager cette réalisation ». Mais attention : pas question pour la chaîne de Vevey, propriété de l’éditeur Jean-Paul Corbaz, de « monter » ce projet. La notion de « partenariat » est avancée. Le directeur veveysan voit d’un bon œil toutes les initiatives locales propres à combattre le monopole de la TSR. « Il serait intéressant de voir naître une télévision à Fribourg. Car si cela démarre dans la capitale, on pourrait faire le joint. » ICI-TV a obtenu il y a deux ans une concession pour diffuser des images sur la région gruérienne. La concession vient d’être renouvelée, avec un préavis favorable du Gouvernement fribourgeois, comme le confirme Gérald Berger, chef des Affaires culturelles. La chaîne lémanique va-t-elle alors débarquer avec caméras et bagages dans le vert pays ? Costa Haralambis : « Il faut s’interroger pour savoir si un investissement dans des programmes spécifiques à Bulle est rentable. En télévision régionale, cela ne sert à rien d’aller trop loin. Je ne pense pas, en tout cas, qu’on viendra seul à Bulle. »
Et avec l’aide de « partenaires fribourgeois » ? « En travaillant en partenariat, explique Philippe Çrausaz, il est possible de faire de la bonne télé à moindres prix. L’achat conjoint d’émissions ou de films, l’utilisation d’installations communes permettraient de réduire l’enveloppe budgétaire au-dessus des deux millions de francs. « Professionnel de la communication », Philippe Crausaz estime l’aventure possible, « si on obtient le soutien de quelques gros clients publicitaires, celui des milieux médiatiques régionaux et l’accord des diffuseurs ».
ICI-TV ne lorgnerait-elle pas sur quelques tranches du gâteau publicitaire fribourgeois ? Au printemps 1996, la chaîne de la Riviera avait déjà souhaité mettre un pied dans le téléréseau de Bulvision. La région, appuyée par le Conseil d’Etat, avait alors lancé une réflexion au sujet d’une véritable télévision fribourgeoise. Devant le peu d’enthousiasme du principal éditeur cantonal et face à des coûts importants, l’étude présentée en juin 1997 avait gagné la pile des dossiers en attente.
Cette nouvelle initiative va-t-elle relancer le processus ? Rien n’est moins sûr. Du côté du téléréseau bullois, propriété de Gruyère Energie SA (ex-SIB), on temporise. Pierre Cottier, président : « On ne peut pas entrer dans le téléréseau comme ça. Il faut que le diffuseur soit d’accord de diffuser ! » Pour le moment, aucune demande n’est parvenue à Bulle. Les responsables de Bulvision ne sont pas « forcément fermés à toute idée de TV locale ou régionale ». Conditions absolues : « La constance et la qualité. »
Et quid des 300000 francs promis par le Conseil d’Etat au premier projet fribourgeois ? Gérald Berger : « Pour obtenir cet argent, il conviendrait que ce dossier réponde aux critères (N.d.l.r : qualité, identité fribourgeoise, couverture cantonale) fixés par le Gouvernement. Mais celui-ci peut aussi considérer que cette somme, inscrite uniquement au budget 1998, n’était destinée qu’à ce premier projet. »
PB
