«Odo-Toum, d'autres rythmes» le fruit d'une rencontre

«Odo-Toum, d'autres rythmes» le fruit d'une rencontre

L'Impartial, La Chaux-de-Fonds

Ce film a pour origine une heureuse rencontre: celle du réalisateur grec Costa Haralambis et du musicien africain Papa Oyeah Makenzie.

Haralambis — photographe de profession — avait déjà à son actif un documentaire tourné dans une clinique psychiatrique des environs de Vevey intitulé « Une semaine sans raison » (1975). L'auteur avait filmé avec sympathie des gens vivant de l'autre côté du mur, et qui font cependant toujours partie de notre monde. Le musicien Papa Oyeah a comme on dit, la musique dans le sang et sa formation « Lowe Power » vit le jour au Sénégal en 1967, avant qu'il vienne faire des tournées en Europe, pour recevoir la consécration en 1972 au Festival de Montreux. Papa Oyeah prend alors la décision de rester en Suisse; il fera un pas supplémentaire en 1976 en réalisant son rêve: jouer seul.

« Odo - Toum » — fruit d'une rencontre, celle d'un réalisateur exilé, n'ayant jamais pu tourner une image dans son pays, les conditions de l'époque (1969) n'autorisant rien; Papa Oyeah joue sa musique pour s'exprimer, mais encore beaucoup plus comme moyen de communiquer avec les autres.

Dans nos métropoles européennes, il s'aperçoit bien vite que les spectateurs venus l'écouter ne font pas une démarche quasi spirituelle, une communion à laquelle tout le monde participe comme c'était encore le cas en Afrique dans le passé. Il est déçu de constater que ses spectateurs ne sont que des consommateurs qui ne font que peu de différence entre Ravi Shankar, les Who, ou Papa Oyeah. La musique est pour eux une forme de divertissement, elle est pour Papa Oyeah sa vie, entière.

Il a pour imprésario, un Jacques Denis bon enfant, qui est le médiateur entre le musicien et son public puisque c'est lui qui est responsable des tournées. Fortuitement lors d'un concert, Papa Oyeah fera la rencontre d'un vieux bourlingueur qu'il avait rencontré en Afrique, interprété par J. L. Bideau dans ce film produit par « Milos-Film » aux Verrières.

Ce bourlingueur tente de démontrer à Papa Oyeah que le public européen n'agit qu'en fonction de réactions aussi épidermiques que la mode, et que le monde de la musique ne juge et n'agit qu'en fonction de critère vénal. Mais Papa Oyeah ne peut pas croire à cela, car il vient d'un autre monde où les rapports entre hommes sont encore différents, où quand on veut exprimer un sentiment fort, on peut encore le faire par le biais de la danse, de la musique, d'un cri... L'Afrique c'est véritablement un autre rythme.

J. P. BROSSARD

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