Odo-Toum d'autres rythmes
Le cinéma par Freddy Buache
De Costa Haralambis. Avec Papa Okey Makenzie, Yvette Théraulaz, Jacques Denis, Jean-Luc Bideau.Dans la situation financière difficile du cinéma suisse d ’aujourd’hui, les producteurs Micheline et Freddy Landry (Milos-Film, aux Verrières) poursuivent leur activité, toujours prêts à remplacer l’argent par l’enthousiasme et à donner leur chance aux jeunes cinéastes. Ainsi Costa Haralambis (dont nous avions pu voir Une Semaine sans Raison voici trois ans) vient-il de réaliser son premier long métrage de fiction, Odo-Tum, autour d’un musicien africain travaillant à Genève.
Cette œuvre à petit budget, techniquement soignée, reprend l’une des préoccupations que nous trouvions au centre d’Une Semaine sans Raison : l’interrogation relative à la schizophrénie des sociétés occidentales contemporaines, qu s’exprime ici par les réactions et par l’attitude esthétique ou morale de l’artiste. Il rêve de faire partager son amour à travers ses chants, ses rythmes, ses cris; ses appels, qui relèvent d’une pureté primitive liée à un sentiment proprement religieux.
Mais ce griot, poète et sorcier, est saisi par une civilisation qui le condamne à n’être qu’une vedette du show business, un incompris ou le bouffon pittoresque, le temps d’une mode. Haralambis additionne quelques situations très significatives (rapport à la femme, à l'argent, au public, à la nature, à la ville) et parle autant de notre civilisation qui a perdu son âme que de ce personnage rêvant de lancer, comme dit Césaire, «le grand cri nègre... et les assises du monde en seront ebranlées». Souhaitons qu’il trouve un jour prochain sa place au programme des cinémas de notre pays.
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