Pour attirer les annonceurs nationaux, les télévisions privées régionales latines rêvent de créer une TV5 romande

Pour attirer les annonceurs nationaux, les télévisions privées régionales latines rêvent de créer une TV5 romande

L'Agefi, Genève

Le paysage télévisuel helvétique est en pleine mutation. Le monopole de service public de la SSR est contesté.

L'augmentation de la quote-part concédée, en avril dernier, par le Conseil fédéral aux chaînes régionales n'est pas suffisante pour lutter contre le monopole de la SSR et rentabiliser ces télévisions de proximité.

Lundi dernier, Stéphane Santini directeur de la chaîne Léman Bleu (Ge­nève), Jean-Pierre Pastori, res­ponsable de TVRL (Lausanne) et Costa Haralambis, créateur de ICI TV (Riviera, Chablais), se sont retrouvés à Genève pour coor­donner leurs stratégies. Au menu des discussions: l'hanno­nisation de la grille de leurs pro­grammes. Une nécessité pour des chaînes pourtant privées et indépendantes qui font toutes partie de «Télésuisse». Une asso­ciation faîtière qui regroupe aus­si bien les télévisions à vocation régionale comme Léman Bleu (Ge­nève), Cana/Alpha+ (Neuchâtel), TeleTicino (Tessin), Tele24 (Zurich) que bientôt TV3, la future chaîne privée à ambition nationale qui émettra dès cet automne en Suisse alémanique. A l'heure où le paysage télévisuel alémanique est en passe de connaître une guerre sans merci entre chaînes privées et publiques, ce rappro­chement signifie-t-il que les on­des romandes vont à leur tour connaître de fortes perturba­tions?

«Nullement, tient à préciser Cos­ta Haralambis, initiateur de cette collaboration entre ces trois chaînes romandes, cela fait déjà un an que nous tâchons de coproduire en commun des ma­gazines de société et de couvrir conjointement des manifesta­tions culturelles (par exemple le festival jazz de Montreux) qui dépassent l'intérêt strictement local. Mais aujourd'hui, nous voulons aller au-delà de la sim­ple rationalisation des coûts de production. D'où cette réunion.»

Quel est le but recherché? Lors­que le Conseil fédéral a augmen­té la redevance radio-télévision et octroyé, en avril dernier, une quote-part plus importante aux télévisions privées (cinq millions de francs au lieu de trois), ce geste, certes généreux, n'a nulle­ment permis de régler les pro­blèmes financiers de ces entités audiovisuelles régionales. Résul­tat: tous les directeurs de chaîne privée lorgnent avec intérêt la manne publicitaire, qui repré­sente actuellement 25% de leurs ressources.

Or, pour augmenter ce pourcen­tage, les télévisions régionales doivent accroître et diversifier leur portefeuille d'annonceurs. Une gageur à l'heure où la mul­tiplication des chaînes va inévi­tablement produire une chute des tarifs publicitaires.

La marge de manoeuvre est par conséquent bien étroite. «Au­jourd'hui. précise Costa Hara­lambis, 90% de l'achat d'espace sur nos chaînes est fait pour le compte d'annonceurs locaux. Ce qui se comprend puisque nos programmes sont diffusés dans un bassin de population res­treint. Malgré notre pool publi­citaire commun, nous sommes condamnés à calibrer nos trois grilles, tout en gardant nos pro­pres émissions, afin de devenir un support plus attractif pour les campagnes publicitaires na­tionales.» Fort de ce constat, ces trois direc­teurs ont poussé la réflexion en­core plus loin. C'est ainsi que l'idée d'une chaîne privée fran­cophone, semblable à TV5, qui serait diffusée sur tout le terri­toire helvétique s'est peu à peu imposée. «Nous songeons, pour­suit Costa Haralambis, solliciter une concession nationale afin de créer une chaîne qui propo­serait une programmation com­posite à partir des meilleurs pro­grammes des six chaînes régionales romandes (Cana/Al­pha+, Canal NV, Léman Bleu, TVRL, ICI-TV, Canal 9) et de la chaîne privée tessinoise (TeleTecino). Ce nouveau programme latin nous permettrait d'assurer une présence plus forte en Suisse ro­mande comme en Suisse aléma­nique. Pour l'instant, nous étu­dions la faisabilité de ce projet.» Financées actuellement selon un schéma plus ou moins com­mun - 25% par la publicité, 25% par la redevance et 30% par les téléréseaux qui repren­nent les programmes - les télé­visions régionales sont con­damnées au déficit chronique. «Car sans déficit, précise Costa Haralambis, nous ne pouvons prétendre recevoir la quote­part publique (article 17 de la Loi sur la radio et la télévi­sion).»

Une situation aberrante qui. se­lon ce responsable, pourrait être résolue seulement si 50% du budget de ces télévisions ré­gionales était assuré par la Con­fédération via la redevance.

Mais pourquoi diable, des enti­tés privées tiennent-elles telle­ment à être subventionnées? «Les télévisions régionales sont, par essence, les seules à pouvoir offrir un service public de proxi­mité, répond Costa Haralambis. 90% de nos programmes sont fait maison, car nous n'avons pas les moyens de nous acheter des séries. Nous remplissons par conséquent la même mission que la SSR, or 75% des ressour­ces de cette dernière provien­nent de la redevance. Nous con­testons le droit à la SSR de s'arroger le monopole du service public.» La révision de la Loi sur la radio et la télévision qui est actuellement en phase de con­sultation promet bien des bagar­res.

Victoria Marchand

Article original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
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