Les chaînes locales s'allient pour offrir une alternative à la TSR

Les chaînes locales s'allient pour offrir une alternative à la TSR

Le Temps, Genève

TÉLÉVISION • L'union fait la force: les chaînes régionales de Genève, de Lausanne et de Vevey veulent harmoniser leurs grilles. Histoire d'attirer les annonceurs nationaux qui cherchent d'autres médias que la TSR.

Nicolas Willemin

"On regarde la télévision locale comme on se regarde dans un miroir." Raoul Gerber, direc­teur commercial de Force Promotion, la ré­gie publicitaire de Léman Bleu à Genève et de TVRL à Lausanne, est convaincu du po­tentiel que représentent les chaînes régio­nales. Mais, pour lui, il est également impé­ratif qu'elles harmonisent un tant soit peu leurs grilles. Pas question bien sûr de diffu­ser le même programme sur Léman Bleu, TVRL, ICI-TV à Vevey, Canal NV à Yverdon, Canal Alpha Plus à Neuchâtel ou Ca­nal 9 à Sierre. Mais toutes ces télévisions régionales pourraient par contre diffuser leurs journaux locaux tous à la même heure.

Ce qui permettrait aux chaînes de vendre ensemble leur espace publicitaire aux an­nonceurs nationaux tout en fournissant à ces derniers des données d'audience com­parables à celles de la TSR. "ll y a une forte demande de la part des annonceurs natio­naux basés en Suisse alémanique d'une al­ternative à la TSR", explique Raoul Gerber.

Costa Haralambis, directeur d'ICI-TV à Vevey, est depuis des années convaincu de la nécessité d'une collaboration entre les télévisions régionales romandes, voire lé­maniques dans un premier temps. Il y a dix-huit mois, il a une première fois tâté le terrain auprès de ses collègues de Genève et de Lausanne. Mais les premiers étaient en train de vivre une difficile période de la télévision locale genevoise Léman Bleu va s'allier à ses consœurs romandes , voire lémaniques dans un premier temps. Il y a dix-huit mois , il a une première fois tâté le terrain auprès de ses collègues de Genève et de Lausanne. Mais les premiers étaient en train d vivre une difficile période de transition après le départ de Jean-François Acker tandis que les seconds n'avaient pas encore de directeur des programmes.

Aujourd'hui, les choses sont plus claires chez Léman Bleu et TVRL et la proposition de Costa Haralambis est donc revenue à l'ordre du jour. "Le développement des télé­visions régionales passe forcément par un accroissement de leurs relations", relève le directeur d'ICI-TV. Pour cet été déjà, les trois chaînes lémaniques - associées pour l'occasion à Canal NV à Yverdon et aux Va­laisans de Canal 9 - ont donc décidé de mettre leurs forces en commun pour la cou­verture de deux événements importants de la région: le Montreux Jazz Festival et la Fête des Vignerons à Vevey. Les deux événe­ments seront couverts par ICI-TV, mais les images seront également disponibles sur les autres télévisions régionales romandes. Par ailleurs, les émissions de TVRL sur le Festi­val de la Cité à Lausanne seront reprises par ses partenaires vaudois.

Mais les patrons de Léman Bleu, TVRL et ICI-TV n'entendent pas en rester là. "II y a une pression des milieux commerciaux pour que nos différentes offres program­matiques soient plus cohérentes, indique Costa Haralambis. D'autre part, la période est actuellement tout à fait propice pour fai­re cela. Car, si la grille de Léman Bleu est

aujourd'hui bien en place, Jean-Pierre Pas­tori, le directeur de TVRL, est en train de mettre en place la sienne avec la mise sur pied d'un journal régional quotidien et nous réfléchissons nous aussi, chez ICI-TV, au démarrage d'une telle émission. Nous pou­vons donc nous adapter facilement."

Les trois chaines ont donc pris il y a quelques jours la décision de proposer dés l'automne 2000 une grille très harmoni­sée. La pièce maîtresse du programme se­ra, sur les trois télévisions, une émission en boucle d'une heure qui débutera partout à 19 heures et qui sera rediffusée quatre fois dans la soirée. Cette émission comprendra un journal d'un quart d'heure, suivi d'un talk-show d'un quart d'heure également, puis d'un magazine d'une demi-heure. Si les deux premiers éléments seront diffé­rents selon les chaînes, le magazine pourra être éventuellement le même en fonction de son sujet.

Pourquoi ne pas commencer tout de suite, dès cet automne? «Nous ne voulons pas nous précipiter, répond Stéphane Santini, rédacteur en chef et directeur des programmes de Léman Bleu. Nous ne souhaitons pas commencer par des ratés." Les trois patrons de chaîne se rencontre­ront cependant chaque mois à partir du mois de septembre pour une harmonisa­tion en douceur de leurs grilles respectives. «Toutes les nouveautés vont s'inscrire dans le schéma prédéfini, ajoute Costa Hara­lambis. D'autre part, nous allons réfléchir à une appellation et à un logo communs, du style "Les télévisions du Léman", pour améliorer notre communication vers l'ex­térieur. Cela, tout en gardant bien sûr nos noms et nos logos respectifs."

Sur le plan rédactionnel, les trois chaî­nes s'échangeront par ailleurs leurs diffé­rents sommaires, histoire de pouvoir éven­tuellement reprendre les sujets des autres. Costa Haralambis regrette cependant l'ab­sence d'une interconnexion entre les télé­réseaux de Genève et de Lausanne. "A Ve­vey, le téléréseau est déjà interconnecté à celui de Lausanne, ce qui nous permet de s'échanger des émissions avec TVRL. Mais cette liaison ne va pas encore jusqu'à Genève. C'est dommage car nous devons nous transmettre les sujets en nous en­voyant des cassettes, ce qui n'est pas très pratique."

Si cette collaboration accrue présente commercialement de nombreux avanta­ges, Stéphane Santini ne cache pas qu'elle n'est pas forcément sans danger: "Nous devons faire attention à ne pas perdre notre identité locale. C'est cela qui fait notre force. Mais le projet que nous lan­çons ces jours respectera cela."

La télévision locale genevoise (ici le cameraman Michel Chevrolet) pour mettre en commun leurs forces publicitaires. GENÉVE, AVRIL 1997. Article également disponible en ligne dans les archives du Temps.

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