L’ombre de la SSR

La Lutte Syndicale, Lausanne

A Sierre, Canal 9 a plus de dix ans de pra­tique sans le sou­tien de la publi­ci­té. C’est l’ex­cep­tion dans le concert des télé­vi­sions locales qui se déclarent clai­re­ment « com­mer­ciales ». Exemple : ICI TV, qui pro­pose cin­quante minutes d’é­mis­sion, cinq fois par semaine sur la Riviera léma­nique, de Vevey et jus­qu’à Aigle. La chaîne dis­pose d’une audience poten­tielle de 65 000 per­sonnes. Elle fonc­tionne avec cinq postes de tra­vail et un bud­get d’en­vi­ron 1 mil­lion de francs.

Malgré la par­ti­ci­pa­tion de l’é­di­teur du quo­ti­dien régio­nal, Jean-Paul Corbaz, ICI TV a per­du 400000 francs en 1996.

Son direc­teur, Costa Haralambis, s’en explique. Des pro­blèmes avec les com­munes et les déten­teurs des réseaux câblés freinent son pro­jet, mais l’es­sen­tiel est ailleurs. « La nou­velle loi n’a pas mis fin au mono­pole de la SSR. Nous avons le droit de nous finan­cer avec la publi­ci­té, mais nous ne pou­vons rien faire tant que les chaînes publiques seront avan­ta­gées. Comme leur finan­ce­ment est assu­ré pour 75% par la rede­vance, elles peuvent se per­mettre des tarifs publi­ci­taires rela­ti­ve­ment bas. Leur action revient à cas­ser les prix. Du coup, notre pro­por­tion de spots natio­naux est de 20%, alors qu’elle devrait être de 50%.»

Le direc­teur d’ICI TV, juge cette situa­tion injuste. Il prend des argu­ments à l’é­tran­ger : « En Allemagne, la chaîne natio­nale ZDF ne dif­fuse pas de pub après 20 heures. En Angleterre, la BBC n’en dif­fuse pas du tout. » Cette « concur­rence déloyale » se lit dans les prix pra­ti­qués. Il en coûte 1000 francs pour faire dif­fu­ser un spot de trente secondes sus­cep­tible de tou­cher 65000 per­sonnes sur ICI TV. Selon Costa Haralambis, il n’en coû­te­rait que cinq fois plus cher pour tou­cher l’in­té­gra­li­té de la Suisse romande sur la TSR ! Pour lui et l’Association des télé­vi­sions locales, la solu­tion passe bien enten­du par la dis­pa­ri­tion du monopole.

Du côté de la SSR, le rôle de ser­vice public au ser­vice des mino­ri­tés et des par­ti­cu­la­ri­tés lin­guis­tiques est mis en avant pour défendre le sys­tème actuel. L’argument est sur­tout des­ti­né à contrer les pro­jets de télé­vi­sions pri­vées à échelle natio­nale, du type de celles qui sont pro­je­tées dans la région zuri­choise. Le bas­sin de popu­la­tion est là-bas supé­rieur au mil­lion de per­sonnes – soit équi­va­lant à la popu­la­tion de la Suisse romande – et rend viable un pro­jet à cent pour cent com­mer­cial sus­cep­tible de concur­ren­cer le ser­vice public.

 

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