Editions l’âge d’homme, Lausanne
Freddy Buache
- ISBN-10 : 2825133450
- ISBN-13 : 978 – 2825133453
- Pages 287 – 288
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Avec la collaboration des patients et du personnel soignant du secteur psychiatrique de l’Est vaudois, Costas Haralambis a pu réaliser son premier film, Une semaine sans raison (1975), un long métrage d’une durée de deux heures qui, rythmé par le musicien Jean-Claude Reber, se présente à la fois comme un reportage et une réflexion sur la maladie mentale. Son ouvrage s’inscrit dans la déjà longue tradition cinématographique aboutissant à l’Histoire de Paul de René Féret, à Fous à délier de Bellochio en passant par Regard sur la folie (1962) de Ruspoli lorsqu’on suit la voie documentaire, et par Family Life de Ken Loach lorsqu’on effectue un détour du côté de la fiction.
Haralambis, malgré de pauvres moyens qui nuisent à la clarté de sa démonstration (d’où n’est tirée, d’ailleurs, aucune conclusion) se propose de faire sentir à quel point l’univers de la maladie mentale coïncide exactement avec celui de la société dite saine. Lorsqu’un décalage se produit, les gardiens de l’ordre social interviennent pour colmater la brèche. S’agit-il, pour eux, de guérir ou de réprimer ? La réponse à la question est difficile à formuler parce qu’on évalue malaisément jusqu’où peut aller la liberté personnelle de non-alignement et où commence la psychopathologie. Dès lors, les méthodes de traitement deviennent elles-mêmes ambiguës : impossible, depuis Artaud, de ne pas frémir devant le recours à l’électro-choc, en dépit des effets bénéfiques qui, nous assure-t-on, peuvent en découler. De leur côté, les médicaments, vantés à des fins de profit par les trusts de la chimie, en général, déplacent le mal sans l’extirper.
Le film d’Haralambis multiplie les points de vue sur ces réalités infiniment fuyantes et complique encore la description impressionnante en y introduisant (entre une confession, un interrogatoire, une discussion entre médecins et infirmiers, une évocation de cas significatifs) plusieurs scènes jouées, notamment quelques unes décrivant les tensions inapparentes qui explosent parfois, imprévisibles, au sein d’une famille. Car des pressions économico-sociales ou morales opèrent sur cette petite communauté conditionnée, en outre, par l’esprit du temps que transportent les messages de la publicité. Mais les quatre membres de ce groupe (le père, la mère , une fille et un fils, tous deux à l’âge de l’adolescence) ignorent qu’ils sont prisonniers d’une idéologie : Ils maîtrisent d’autant moins leurs manques ou leurs conflits latents qu’ils en ignorent la genèse et la nature exacte. Aussi lorsque la santé de la mère nécessitera d’éventuels soins médicaux, la fille déclarera candidement, sans savoir qu’elle pose le vrai diagnostic de la crise qui secoue la tribu : « De notre existence commune, il n’y a rien de spécial à dire, c’est tous les jours la même chose ! » Le film, au-delà du sujet précis qu’il aborde, renvoie, par ses observations, à l’analyse critique d’une époque sécrétant elle-même la peste qui la ronge intérieurement et qui prépare une apocalypse.
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