Deux films noirs
1 septembre 1980
Le Monde de la Musique No 26, Paris
Odo Toum, Aïnama : deux titres étranges et sonores pour deux films où bruissent les tambours africains, ceux de l'ancien et du nouveau monde.
Odo Toum observe un jeune musicien ghanéen "Papa" Oyeah Mackenzie. Des pieds et des mains, il agite un incroyable amoncellement de percussions, chante à tue-tête et lance quelques notes de trompette ou de flûte. Il occupe un curieux carrefour entre musique traditionnelle et jazz moderne (en finale, il joue avec le pianiste Dollar Brand). Comment "Papa" s'est-il retrouvé à Genève ? On l'ignore. Et le film, mi-fiction mi-reportage, met en scène deux univers qui n'arrivent pas vraiment à communiquer. L'Europe est trop guindée et raisonneuse, "Papa" est trop naïf et refermé sur sa musique. Odo Toum chronique ces mille décalages quotidiens, attentif aux regards, aux silences, au temps qui passe. Discrètement, subtilement, le film en dit assez long sur l' "âme" de la musique africaine.
Aïnarna, c'est avant tout un concert, donné par les amis antillais et afro-cubains de Pierre Goldman après sa mort : Azuquita y su Melao (le groupe de salsa que Goldman avait fait venir à la Chapelle des Lombards), Henri Guédon, Éric Cosaque et Voltage 8 (tambours et refrains scandés à l'africaine, c'est le gro'ka antillais) et Bidon K (grands . frappeurs. de tambours eux aussi, malgré leur peau blanche). Couleurs violentes, gestes rythmiques, sonorités puissantes la musique est habilement filmée et enregistrée. Entre deux morceaux, on parle de Goldman et de la salsa, non sans aligner les banalités d'usage - mais ça passe vite. Les amateurs de musiques noires s'en mettront plein les yeux et les oreilles. Les autres trouveront peut-être fastidieuses ces quatre-vingt-minutes de musiques enflammées.
J.P. L.