Ouverture au public sans populisme

La Presse, Riviera-Chablais

Le concept de Costa Haralambis, directeur d’antenne

A par­tir de quelle date pensez-vous émettre ?

-La date offi­cielle de lan­ce­ment n’est pas encore défi­nie avec pré­ci­sion mais devrait être proche du 1er avril (sans pois­son, ndlr). En atten­dant, il y aura une période de mise en place rela­ti­ve­ment longue, qui com­pren­dra notam­ment la dif­fu­sion de deux ou trois émis­sions en direct hors grille, pour que les gens s’ha­bi­tuent à notre présence.

Quel canal occuperez-vous ?

-ICI Télévision sera dif­fu­sée sur le réseau câblé de la SITEL, plus pré­ci­sé­ment sur la fré­quence réser­vée actuel­le­ment au canal de service.

L’ère de dif­fu­sion com­prend donc la Riviera et le Chablais vaudois…

-Oui. Cela repré­sente exac­te­ment le dis­trict de Vevey sans Blonay ain­si que, dans le dis­trict d’Aigle, les com­munes d’Aigle, Bex, ·Rennaz, Yvorne, Ollon par­tiel­leinent, plus Vouvry en Valais, via le télé­ré­seau appar­te­nant à la Société élec­trique du Bas-Valais. Autrement dit 25 000 foyers en tout, dans une phase de démar­rage qui, nous l’es­pé­rons, sera aus­si courte que possible.

C’est-à-dire ?

-Des négo­cia­tions sont en cours en direc­tion de Lavaux et du Chablais valai­san. L’extension géo­gra­phique doit nous don­ner les moyens d’aug­men­ter la fré­quence des émis­sions, avec comme objec­tif la dif­fu­sion d’une émis­sion quo­ti­dienne, sans quoi l’o­pé­ra­tion, à terme, n ’ est de toute façon pas viable.

Venons-en au pro­gramme. Que verra-t-on sur ICI Télévision ?

-Il y aura deux types de pro­grammes sur le même canal, en plus des émis­sions hors grille. La plu­part du temps, nous pro­po­se­rons un jour­nal à l’é­cran en « Carrousel » , conti­nuel­le­ment mis à jour, avec de la publi­ci­té et de l’ information.

Sur les télé­vi­seurs équi­pés du Télétexte, des ren­vois per­met­tront d’ob­te­nir des infor­ma­tions plus détaillées. En soi­rée, pro­ba­ble­ment de 18 h à minuit, nous dif­fu­se­rons en conti­nu ou en alter­nance avec le jour­nal à l’ écran ‑une émis­sion d’une demi-heure, réa­li­sée dans un pre­mier temps deux fois par semaine.

Mettrez-vous l’ac­cent sur l’in­for­ma­tion ou sur le divertissement ?

-La prio­ri­té sera don­née au diver­tis­se­ment, avec notam­ment des sketches, des clips, des fic­tions. Mais il y aura bien sûr des infor­ma­tions régio­nales, pré­sen­tées sous la forme de trois à cinq sujets courts com­men­tés par un invi­té, et des maga­zines pério­diques abor­dant la culture, la vie asso­cia­tive, l’é­co­no­mie, la poli­tique. Cela fait beau­coup de choses en une demi-heure, d’où la néces­si­té d’un décou­page très rapide.

Et les émis­sions hors grille …

-Elles seront liées à des évé­ne­ments ponc­tuels, comme des ren­contres spor­tives, des concerts et spec­tacles, des débats en direct.

Quelle sera la part de la publicité ?

-Le par­rai­nage et la publi­ci­té repré­sen­te­ront au total 20% de l’é­mis­sion. Nous avons un bud­get annuel ini­tial de 900’000 francs qui implique envi­ron 10’000 francs de recettes publi­ci­taires par émis­sion, en plus des annonces qui pour­ront être insé­rées dans le « jour­nal à l’é­cran » et au télé­texte. Les annon­ceurs pour­ront réa­li­ser leurs spots comme ils le sou­haitent à condi­tion que la qua­li­té soit bonne : nous n’ac­cep­te­rons pas des spots tour­nés à la cui­sine avec le cames­cope du cousin .

Une chaîne vous tient-elle lieu de modèle ?

-J’ai des tonnes de cas­settes, récol­tées notam­ment en Belgique fran­co­phone, qui a vingt ans d’a­vance sur le plan légis­la­tif, mais aucune chaîne régio­nale ne m’a vrai­ment inté­res­sé. Pour l’ins­tant, j’ai vu des chaînes qui font de la radio fil­mée, et sur­tout de pâles répliques des télé­vi­sions natio­nales res­pec­tives. Or, quand on copie une télé­vi­sion natio­nale avec des moyens locaux, le résul­tat est for­cé­ment déce­vant. Il faut admettre dès le départ que nous n’a­vons ni les mêmes moyens, ni les mêmes objec­tifs. Cela dit, nous sommes obli­gés de nous ins­pi­rer de ce qui existe : il serait illu­soire de décré­ter que l’on va révo­lu­tion­ner la télé­vi­sion régionale.

Votre phi­lo­so­phie ?

-Nous sou­hai­tons sur­tout être proches des gens, aller vers le public. Dans ce registre, il existe tout de même un ou deux bons exemples, comme « No Télévision » à Tournai, en Belgique, qui a une telle répu­ta­tion que tous le ini­tia­teurs de télé­vi­sions régio­nales ou locales vont voir, com­ment ils travaillent.

Qui dit « ouver­ture au public » ne dit pas for­cé­ment populisme.

Le but est que les gens se voient et voient leur voi­sin le plus sou­vent pos­sible, notam­ment par le « micro-trottoir ». D’ailleurs j’en­cou­rage cha­cun à nous écrire (adresse : ICI Télévision, case pos­tale 357, 1800 Vevey) pour nous faire part des sou­haits, des attentes en matière de télé­vi­sion régio­nale. Pour la pré­sen­ta­tion des infor­ma­tions, en par­ti­cu­lier, nous sou­hai­tons avoir un pla­teau réel­le­ment ouvert au public et sor­tir sou­vent du stu­dio, en pri­vi­lé­giant des sites qui sont fami­liers au public.

Les habi­tants de la région seront-ils asso­ciés à la pré­pa­ra­tion des émissions ?

-Nous pro­cé­de­rons par cercles concen­triques : les pro­fes­sion­nels de la tech­nique et de l’in­for­ma­tion au centre, puis l’as­sis­tance des étu­diants de l’International Academy of Broadcasting (Montreux), et enfin des béné­voles pas­sion­nés par tel ou tel sujet. Nous for­me­rons un club com­po­sé de gens issus de milieux divers mais qui ont un déno­mi­na­teur com­mun : la pas­sion pour un domaine d’ac­ti­vi­té. Ils réa­li­se­ront des sujets avec le concours des techniciens.

Sur qui espérez-vous gri­gno­ter votre audimat ?

-J’ai lu récem­ment que TF1 consacre 2 heures 30 par jour à des bandes-annonces …

Rien qu’en zap­pant sur les plages inin­té­res­santes des chaînes exis­tantes, je suis per­sua­dé que les télé­spec­ta­teurs de la région auront le temps de regar­der notre émis­sion en entier au cours de la soirée.

La créa­tion d’une télé­vi­sion régio­nale est-elle bien accueillie dans les milieux économiques ?

-Très bien, si l’on excepte les éter­nels sceptiques.

Où en est la consti­tu­tion du capital ?

-Nous avions fixé un objec­tif mini­mum de 400’000 francs. Nous en sommes à 250’ooo ; avec des action­naires de tous bords, dont aucun ne pour­ra être majo­ri­taire. Les inves­tis­seurs sont dés­in­té­res­sés finan­ciè­re­ment : ils veulent favo­ri­ser l’é­clo­sion de ce média dans la région.

Propos recueillis par
Thierry ZWEIFEL

Dernière en date des télé­vi­sions régio­nales, « Tele Züri » (dont on voit ici l’un des stu­dios) émet depuis quelques semaines dans la région zurichoise.

 

 

Article original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
© Tous droits réservés par Tamedia Publications Romandes SA, Lausanne

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