Les télévisions régionales menaceront un jour la TVR
ÉDITO
La Télévision romande vit actuellement des heures presque bénies. La concurrence que lui livrent les chaînes françaises est bien réelle, mais elle reste incontournable en matière d'information télévisée régionale. On parle parfois de possibles décrochages romands de TF1, ces fameuses «fenêtres» publicitaires, à l'instar de ce que fait déjà RTL+ en Suisse alémanique. Mais, pour l'instant, rien de concret n'existe vraiment, et la chaîne privée française du groupe Bouygues a d'autres chats à fouetter, notamment avec sa nouvelle chaîne tout info qui devrait démarrer le 24 juin sur satellite.
Non, la concurrence qui se présentera ·bientôt pour la TSR ne viendra pas dans un premier temps de l'étranger, mais bien de l'intérieur même de la Suisse romande. Quelques télévisions locales ou régionales - comme par exemple Canal9 à Sierre - émettent déjà depuis plusieurs années. Et le mouvement s'accélère. La télévision régionale lausannoise, encore balbutiante, prépare pour l'automne un véritable téléjournal hebdomadaire, réalisé
par des professionnels et animé par Jean-Marc Richard. Au bout du lac, l'ambitieux projet de TV Léman vise un public potentiel de 600'000 personnes, entre Genève, la région de Nyon, la Haute-Savoie et le Pays de Gex. Sans oublier les projets plus ou moins développés en dehors de l'arc lémanique.
Face à ces futures télévisions régionales, officiellement, la direction de la TSR affiche une parfaite sérénité. Elle affirme être prête à collaborer avec ses petites sœurs pour la fourniture de programmes. En fait, elle se rend bien compte qu'elle a tout intérêt à y mettre quelques billes pour en contrôler le développement.
Tant qu'une chaîne régionale ne déborde pas de son territoire, elle ne devrait pa trop pâtir de cette concurrence. La publicité qu'elle pourra récolter restera également locale et régionale, et ce sont les éditeurs de journaux qui vont en souffrir. Par ailleurs, une petite télévision, à cause de son manque de moyens, ne pourra pas prétendre à un professionnalisme digne de la tour du quai Ernest-Ansermet.
Mais l'union fait la force, et les chaînes locales ou régionales pourraient bien un jour se regrouper, s'allier pour la
confection d'émissions communes et proposer des programmes attrayants, avec de nombreux décrochages locaux. La Suisse romande est aujourd'hui équipée de nombreux studios vidéo professionnels et privés, avec un personnel qualifié. Ils sont à même de proposer des produits bien faits pour un pool de plusieurs petites et moyennes télévisions.
Mieux, grâce à leur plus grande souplesse, leurs coûts de production seront bien inférieurs à ceux de cette grande machine publique, technocratique et hyperperfectionnée qu'est devenue la TSR.
Celle-ci risque alors de se retrouver en fâcheuse posture. Pour peu que les éditeurs de presse écrite se mettent à soutenir les projets de chaînes régionales, sa situation deviendra critique.
Pour contrecarrer cette possible offensive, les responsables de la Télévision romande se lancent dans les décrochages régionaux à l'issue du Journal romand: un «Six minutes» tout en images démarre bientôt dans la région genevoise, et l'expérience s'étendra à d'autres endroits de Suisse romande. Reste que le financement de tels projets n'est pas encore acquis. La publicité ne suffira pas. Et tous ceux qui ne recevront pas ces décrochages ne verront pas d'un très bon œil que l'argent de la concession serve à payer un programme qui ne leur est pas destiné.
NICOLAS WILLEMINrubrique économique
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