Les télévisions locales revendiquent un assouplissement des restrictions publicitaires

Les télévisions locales revendiquent un assouplissement des restrictions publicitaires

Journal de Genève et Gazette de Lausanne

Télésuisse, qui regroupe douze diffuseurs privés à l'échelle locale et régionale, exige une liberté plus large, seule chance, selon elle, pour pouvoir assurer la survie économique de ces médias de proximité.

La télévision locale revendiques a place au soleil. Pour qu'elle puisse réellement prendre un élan décisif en Suisse, il faut libéraliser aussi largement possible la loi fédérale sur la radio et la télévision (LRTV), s'exclame Klaus Streif, secrétaire de Télésuisse, l'assoçiation qui se propose de défendre les intérêts des douze diffuseurs de programmes télévisés locaux et régionaux, qui en sont membres, dont cinq romands. "La loi actuelle, entrée en vigueur en 1992, ne cesse de produire des restrictions, alors qu'il y a longtemps que la télévision par satellite a effacé les frontières nationales, rendant du même coup à long terme toute législation nationale obsolète."

"Malheureusement, poursuit-il, le monde politique n'est guère sensible à cette revendication, d'importance vitale pour les producteurs de télévision locale et régionale." Il en veut pour preuve la réponse au catalogue de revendications que le groupe IG Regionalfernsehen, prédécesseur de Télésuisse, avait adressé en 1995 au prédécesseur de Moritz Leuenberger, Adolf Ogi. Le "ministre des médias" s'était montré intraitable sur l'assouplissementdes restrictions à la publicité pour les médicaments, les boissons alcoolisées et la propagande politique. Ce qui ne va pas empêcher Télésuisse de repartir en temps voulu à l'attaque.

Douze diffuseurs

Télésuisse a été fondée au mois de novembre 1995. Elle comprend douze membres: Canal Alpha Plus (Cortaillod), Canal 9 - TV Régionale (Sierre), HTV Fernsehen (Nierderhasli), ICI Télévision (Vevey), Schaffhauser Fernsehen, Stadtkanal Basel, TeleBäm, Tele Ml (Baden), TeleTell (Lucerne-Rotkreuz), TeleZüri, TV Léman Bleu (Genève) et TV Région Lausanne. Condition essentielle au succès d'une télévision locale: la concentration de ses activités d'information et d'animation dans sa zone de diffusion. En l'occurrence pour TV Région Lausanne, l'agglomération lausannoise.

Transfuge de la presse, Klaus Streif est un pionnier de la télévision locale, puisqu'il s'y est lancé en 1979 en produisant un journal sur écran à Baden à l'enseigne de Rüsler TV. Jusqu'en 1989. l'équipe rédactionnelle de cette mini-TV locale a dû se contenter du local d'entretien du Badener Tagblatt en guise de studio. Au moment où Rüsler TV s'est transformée en une véritable télévision locale sous l'étiquette de Tele Ml en 1995, Klaus Streif est revenu à la presse, comme chef de rubrique au Badener Tagblatt. IL conserve un œil sur la télévision grâce à son poste de secrétaire de Télésuisse.

Tant que la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) percevra ses redevances, elle devra se tenir au modèle à trois échelons, souligne Klaus Streif. Et de rappeler que ce modèle attribue l'échelon local et régional aux diffuseurs privés, l'échelon international à la radiodiffusion par satellite, tandis que l'échelon national linguistique est dévolu à la SSR, à vocation de service public. Or il se trouve qu'en Suisse romande la SSR compte déjà deux décrochages sur le plan local, pour la région genevoise et le canton de Neuchâtel. Aux yeux du secrétaire de Télésuisse., si la SSR se met à faire de la télévision locale, elle doit renoncer à la redevance radio-TV.

Klaus Streif fait preuve de davantage d'optimisme face aux câblodistributeurs qui ne montrent guère d'empressement à diffuser les programmes de TV locale, quand ils ne s'y refusent pas carrément. Les petits parmi eux ont tendance à se considérer comme des roitelets dans leur commune, qui veulent avoir leur mot à dire dans le choix des programmes, constate Klaus Streif. Il n'en va pas de même avec les plus grands, ce dont témoigne le dialogue constructif avec Swisscâble, l'association faîtière des exploitants de téléréseaux, en vue de trouver des solutions qui soient à l'avantage de tous.

Klaus Streif croit à l'avenir de la publicité pour la télévision régionale, même si la demande en minutes publicitaires est actuellement presque partout inférieure aux objectifs. Mais à condition que la télévision· régionale cherche des clients aussi sur le plan local et régional. Au moins 70%, de ses recettes publicitaires devraient être produites dans sa zone de diffusion. Klaus Streif pourrait concevoir une action publicitaire concertée entre la télévision et la presse, ce qui en renforcerait la résonance tout en éliminant les pertes de diffusion.

Une télévision par région

De l'avis de Klaus Streif, il n'y a de la place que pour une télévision par région. Aux agglomérations de Genève, Lausanne, Berne, Bâle et Zurich conçues comme régions pourraient s'ajouter l'Espace Mittelland et la Suisse orientale.

Il estime que les télévisions locales qui diffusent déjà leur programme ont de bonnes chances de survie, à condition qu'elles se limitent strictement à leur zone de diffusion. La télévision régionale est une télévision de proximité, qui doit se concentrer sur ses points forts découlant de son implantation géographique. Les tournois internationaux de tennis, les matches de foot étrangers, les informations internationales et même les informations nationales n'ont rien à faire dans une télévision locale.

Il peut être intéressant néanmoins, nuance-t-il, de tirer parti des synergies entre plusieurs diffuseurs régionaux, essentiellement dans la mise en commun des moyens technique§ et personnels de préférence à l'échangede programmes. n serait insensé, à ses yeux de gaspiller des forces en affectant plusieurs équipes à la couverture de la Fête fédérale des yodleurs à Thoune du 5 au 7 juillet.

Anne-Marie Ley

En collaboration avec WerbeWoche

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