Les indépendants se rencontrent
Vevey accueille le Marché international des télévisions et radios
De 500 à 1000 radios et télévisions locales sont attendues à Vevey du 20 au 23 juin prochain pour le premier marché organisé à leur intention. Rencontre avec son directeur: Costa Haralambis.Oubliées des grands médias publiques ou privés, les télévisions et radios locales disposent désormais de leur propre plate-forme d’échanges et de rencontres: le Marché international des télévisions et radios indépendantes ( MITIL). Ancien directeur de la télévision régionale ICI TV, Costa Haralambis a mis sur pied la manifestation. Interview.
- A six semaines de l’ouverture du premier MITIL, combien avez-vous de participants inscrits?- Je ne peux pas encore donner des chiffres, mais nous attendons de cinq cent à mille participants venant de toute l’Europe et d’Afrique du Nord. Les médias des pays de l’Est, notamment, marquent un intérêt très grand et envoient tous quatre à cinq programmes à mettre en vente. Nous sommes soutenus par les organisations faîtières nationales. En fait nous avons établi deux types de partenariat. L’un avec les associations de diffuseurs, l’autre avec les médias et notamment les magazines professionnels.
- Les petites télévisions et radios ont-elles vraiment un avenir?- Bien sûr! Leurs moyens financiers ne leur permettent pas de jouer dans la cour des grands, mais cela les oblige à être beaucoup plus créatifs. Les télés et radios locales ont un marché niche. Cela est mieux compris dans certains pays, notamment l’Italie, l’Espagne, la Roumanie et d’autres pays de l’Est. Pour diverses raisons, notamment juridiques, le paysage médiatique français est en comparaison très pauvre.
- Peut-on donner quelques chiffres?- L’Europe compte environ 3000 stations de télévisions et radios locales. On dénombre en Italie, 600 TV indépendantes et 1100 radios. L’Espagne comptabilise 400 TV, la Roumanie 100, la Belgique 30, la Suisse 20. Les plus anciennes TV locales se trouvent dans les pays de l’Est. Elles seront présentes en masse au MITIL.
- Comment se présente le menu de ces quatre jours?- En trois volets qui seront le marché au programme, les forums et conférences et une petite exposition technique. Les petites télévisions et radios sont dispersées dans le monde et ne disposent pa de lieux de rencontres. Ce ne sont pas des concurrentes. Elles ont par contre beaucoup d’intérêts et de problèmes en commun. Que ce soit dans le domaine des finances, du contenu ou de la technologie. C’est pourquoi le MITIL se veut un lieu d’échange.
- Des Américains seront-ils présents?- Pas cette année. Dans le futur, nous voulons toucher des médias du monde entier. Mais pour cette première édition nous nous sommes concentrés sur l’Europe. L’an prochain nous étendrons nos invitations au Canada et à l’Amérique du Sud.
- Vous parliez de créativité, pouvez-vous donner des exemples?- Durant le MITIL nous présenterons notamment une émission italienne étonnante. Afin, de contourner le problème des droits de transmission, une télévision locale s’installe tous les dimanches après-midi dans un stade de football. Ils sont en plein dans l’ambiance du match, même s’ils n’en montrent pas une seule image! Et ça marche très fort!
- Que seront les thèmes phares de cette édition?- L’un des sujets traités lors de nos conférences est celui des programmes réalisés en commun par différents médias qui apportent chacun leur contribution à un produit qui sera diffusé sur toutes les chaînes partenaires. C’est une démarche très intéressante, mais qui fait peur à beaucoup.
- Le MITIL est-il ouvert aux diffuseurs utilisant Internet (Webcasters)?- Bien sûr. Tout le monde est inclus dans le terme de diffuseur.
P.G. Le premier MITIL ou Marché international des télévisions et radios indépendantes et locales (à l'exemple d'ici TV) se déroulera à Vevey en juin.La TV interactive a-t-elle un avenir?
Ce qu'ils en pensent
La technologie peut transformer la télévision en un outil aux multiples possibilités. Mais le téléspectateur en veut-il vraiment? Les réponses de Patrick Lehner et Costas Haralambis. Costa Haralambis:«La TV doit rester bête. Elle ne peut être un média intelligent. Au début des années 90, des expériences ont été menées notamment en offrant la possibilité aux amateurs de match de football de choisir la caméra avec laquelle ils voulaient suivre la rencontre. On a également proposé des sitcoms dont l’épilogue était déterminé par les téléspectateurs eux-mêmes. Tout cela a été abandonné très vite.
»Aujourd’hui, le terme à la mode est le «multitasking» qui désigne le fait de faire converger toutes sortes de fonctions sur un seul appareil. C’est passionnant pour les techniciens. Ils obtiennent en effet des résultats étonnants. Mais la réalité rattrape très vite les créateurs, c’est pourquoi tant de startup font faillite. Une idée géniale doit se vendre! Les gens sont entourés de nombreuses machines: ordinateur, télé, téléphone portable, baladeur, etc. Je ne crois pas qu’ils aient envie de s’en séparer! La télévision interactive permet aux distributeurs de cerner les besoins des consommateurs et c’est là son seul intérêt!»
P.G. Patrick Lehner:«J’y crois à fond! J’ai la possibilité, sur mon ordinateur, de regarder la télévision - ce que je ne fais jamais faute de temps - et d’écouter la radio - ce que je fais souvent. Dans dix ans, ordinateur et télévision partageront le même écran. La télé sera donc forcément interactive. Apple fait actuellement des essais, proposant d’aller «kiosker» des programmes télévisuels via Internet. On peut ainsi visionner ce que l’on veut, quand on veut! Le danger pour moi serait que l’outil supplante le fond. Si nous cliquons sans réfléchir cela n’apporte rien de bien intéressant.
»Deux mots sur la Web TV: le Groupement romand d’informatique (dont je suis le secrétaire) a lancé un chaîne sur Internet en décembre. Nous sommes équipés pour enregistrer, traiter et diffuser. C’est un outil splendide pour autant que l’on puisse produire des images de qualité et cela ne va pas sans mal. Durant Computer Expo, qui s’est tenue à Lausanne la semaine passée, cet équipement nous a permis de diffuser en direct 52 conférences.»
P.G. Costas Haralambis, directeur du MITIL Patrick Lehner, directeur de Computer-Expo.
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