L'entreprise en video
Supplément "Jeudi Economie"
«La caméra ouvre beaucoup de portes»
Depuis le 1er janvier, CinéProfil est devenue MédiaProfil. L'entreprise veveysanne réalisera toujours des films de commande. Mais l'essentiel de son énergie créatrice et de ses activités sera désormais consacré au projet de télévision locale (ICI Télévision) qui démarre sur la Riviera et le Chablais vaudois et aux produits multimédias. Flash-back sur l'aventure de cette société et zoom avant sur l'avenir.Les tables de travail et de réunion sont couvertes de centaines de dossiers, de piles de magazines consacrés à la video, à la photo ou tout simplement à l'image. Des articles de presse, des livres occupent chaque espace libre. Quelques gros cartons attendent leur future affectation. Sur les étagères des bibliothèques, des centaines de boîtes de films video, des équipements techniques (caméras, éclairage, trépieds, etc). CinéProfil, entreprise de communications audiovisuelles créée à Vevey en 1983, prépare son prochain déménagement. Active dans le film de commande depuis plus d'une dizaine d'années sous la direction de Costa Haralambis, photographe reporter de formation et auteur de trois longs métrages de semi-fiction, CinéProfil a décidé de changer de catégorie.
Comment arrive-t-on sur le créneau du film d'entreprise ou de commande? «Après avoir fait un peu le tour de la création artistique, qui n'est pas une réelle industrie en Suisse, je me suis dirigé vers le cinéma commercial, plus riche en expériences.» Costa Haralambis explique ainsi son choix qu'il ne regrette pas un seul instant. «Le propre du film de commande, c'est que ça change tout le temps. Et comme j'aime bien changer... Cette dizaine d'années m'a permis de pénétrer différents milieux par les coulisses. La caméra ouvre beaucoup de portes et de rencontres.»
Soucieux de répondre «sur mesure à chaque demande, chaque besoin de client», Costa Haralambis a organisé sa société en structure légère. Avant tout, CinéProfil se définit comme un partenaire de création, apportant à la fois conseils, conception et réalisation. Pour chaque mission, le responsable établit son casting. Il réunit un scénariste qui transcrit les besoins des clients, des acteurs parfois, un caméraman et tous les techniciens indispensables à la réalisation de l'œuvre. Sans oublier les musiciens et les speakers pour les diverses versions en langues étrangères. «Cette méthode, outre qu'elle permet de répondre à chaque type de mission et à satisfaire précisément chaque client, était exigée pour des raisons techniques et de coût. Trop de sociétés qui avaient lourdement investi dans des équipements et autres studios n'ont pas supporté le fardeau financier.»
Tous les prixChez CinéProfil, malgré la chute des moyens financiers consacrés par les entreprises à la communication, le bateau n'a pas chaviré. «Chaque année, nous réalisions en moyenne deux productions importantes et une dizaine de prestations plus réduites de type reportages-interviews explique M. Haralambis. Côté prix, en 1983, un film en 16 rn s'inscrivait entre 50 000 et 100 000 francs. Avec la video, cette fourchette s' est écartée dans les deux sens donnant lieu à des films à la fois beaucoup plus chers - de 300 000 à 500 000 francs - mais aussi accessibles, dès 10 000 francs. «Mais plus que le prix, je crois qu'il faut regarder la rentabilité de l'investisement. Nous avons par exemple réalisé un film pour Fotolabo qui devait être amorti en cinq séances de projection. Il était le point d'orgue de la présentation de l'entreprise aux banquiers et financiers lors de l'introduction en Bourse de la société.»
Ignace Jeanneret"Le multimédia dégage de nouveaux horizons"
-En matière de film de commande, qu'est-ce qu'un beau film? -Costa Haralambis: Un bon film n'est pas un beau film. Un film réussi est celui qui remplit exactement les attentes d'un client. Le film qui coûte 25 000 francs n'est pas moins bon qu'un film facturé 100 000 francs. Il répond simplement à d'autres objectifs. - Justement, quels objectifs poursuivent la réalisation d'un film d'entreprise?-L'application-type d'un film pour l'entreprise est celle d'une carte de visite audiovisuelle qui ne remplace pas la communication écrite (prospectus, brochures,etc.) mais l'accompagne et la complète peur former un tout cohérent. La présentation de produits, en quelque sorte le prospectus sous forme animée, est le film d'entreprise'classique. Mais nous lui avons donné d'autres applications comme la visite filmée d'une entreprise ou la présentation d'un processus de production. Avantages: des économies de personnel affecté à l'accompagnement des visites, des perturbations moindres dans la vie quotidienne de l'entreprise et une amélioration de la communication externe.
Un film peut aussi éviter des voyages, de longues explications téléphoniques, des dossiers fastidieux en plusieurs langues. Dans une foire ou un salon spécialisé, le film devient aussi votre ambassadeur.
Le film de commande répond aussi à des buts internes, par exemple dynamisation du personnel, information interne lors d'événements majeurs, message du PDG aux employés, etc.
Une autre application majeure est le film de formation. Ce volet va exploser dans les prochaines années, surtout avec le multimédia.
-Quelle différence existe-t-il entre film d'entreprise et film publicitaire?-Ce sont deux métiers différents, même si les moyens techniques mis en œuvre sont semblables. Avant tout, le film publicitaire cherche à faire passer un message en 30 secondes. La durée différencie donc les deux films. Ensuite, il y a la méthode de travail. Un film de publicité est le fruit de trois intervenants: le client, l'agence de publicité qui conçoit une stratégie de communication et le prestataire technique. Le film de commande, lui, ne réunit que deux partenaires: le client et l'équipe de réalisation pour la partie technique mais surtout pour la conception d'une idée, d'une solution, d'un message.
Dans le film d'entreprise, le message ne se réduit pas à un seul slogan. Nous développons toujours un argumentaire complet, même s'il ne dépasse pas 3-4, minutes.
-La profession a-t-elle défini une durée de film idéale?-C'est la grande question. Disons seulement que j'ai l'impression que, chaque année, nous enlevons une minute. D'une vingtaine de minutes il y a une décennie, nous sommes passés aujourd'hui à 6-7 minutes. Le phénomène «vidéoclip» est passé par là mais il y a aussi l'évolution de l'information. Le film d'entreprise ne peut pas monopoliser à lui seul le temps consacré à la communication et à l'information. Si les durées les plus courtes sont les meilleures; il y a lieu toutefois de ne pas exagérer. A force de faire court, on ne dit plus rien. Quelques plans hachés soutenus par une musique bien balancée ne suffisent pas. Un film d'entreprise exige une structure rigoureuse.
-La démocratisation de la vidéo n'at-elle pas nui à la profession? En d'autres mots, le fait que tout le monde ou presque puisse réaliser un film avec sa caméra familiale n'est-il pas un danger?-La démocratisation de la vidéo a incontestablement entraîné des dérapages. D'une part, M. Tout-le-Monde s'est improvisé professionnel. D'autre p:!rt, nombre d'entreprises se sont jugées capables de satisfaire leurs besoins à l'interne en consentant de lourds investissements en matériel et studio. D'abord, elles oubliaient que l'outil technique évoluait très vite. Ensuite, les uns et les autres négligeaient la notion de compétence, en particulier dans la narration. Les belles images ne suffisent pas. Elles lassent le spectateur.
"Quelques plans hachés soutenus par une musique bien balancée ne suffisent pas"
Il y a une grammaire audiovisuelle, des rythmes à observer en matière de réalisation. De plus, curieusement et même si on est dans le monde de l'image, le fil conducteur est dans le commentaire.
Avec les techniques de la digitalisation (informatique et multimédia), nous allons connaître les mêmes dérapages qu'au début de la vidéo. Et les conséquences seront plus graves car l'évolution technique est encore plus fulgurante. Ma conviction est faite.. Seuls des professionnels qui maîtrisent compétences et investissements pourront s'en sortir.
En 1988, avec une demi-douzaine d'entreprises, nous avons constitué l'Associationromande des entreprises de l'audiovisuel (AREA). Objectifs: développer et renforcer l'image de la profession, protéger la clientèle en créant un label de qualité, donner à la profession une crédibilité en établissant une déontologie, etc. Ce fut un échec. Nous avons probablement sous-évalué l'indépendance farouche de cette profession. Je le regrette, surtout pour la clientèle. Le client-type est quelqu'un qui recourt pour la première fois au film d'entreprise. Notre association voulait lui éviter les pièges, les dépenses exagérées, les projets mal ficelés.
-Aujourd'hui, CinéProfil franchit une nouvelle étape et se tourne vers la télévision et le multimédia. Pourquoi?-Il y a une quinzaine d'années, la vidéo, en offrant de nouvelles applications, a développé le film de commande. Finies les lourdeurs du film en 16 mm, cette nouvelle technique offrait des possibilités techniques et financières totalement nouvelles. C'est la même chose aujourd'hui. La technique ouvre de nouveaux horizons. L'informatique permet de coder et de manipuler le texte, le son et l'image qui, à eux trois, forment le multimédia.
Un film d'entreprise oblige à une lecture linéaire depuis le début jusqu'à la fin de la cassette en suivant un ordre chronologique imposé par le réalisateur. Désormais, nous entrons dans une nouvelle dimension: l'interactivité. Le spectateur décidera de lui-même du niveau et de son ordre de lecture. Chacun composera son menu, préférant par exemple se concentrer sur la phase de production d'un produit plutôt que sur la stratégie de l'entreprise qui l'a conçu. Et soyez certains que le multimédia dégage des horizons extraordinaires, notamment pour la formation.
"Désormais, nous entrons dans une nouvelle dimension: l'interactivité"
Nous serons au cœur du "zapping" car le spectateur crée sa propre structure de narration. Le défi pour les concepteurs du discours sera immense. Comment faire passer le message dans ces conditions? La question est passionnante!
-Cette évolution explique donc le nouveau profil de votre société rebaptosée MédiaProfil?-Nous élargissons notre offre. Notre structure légère a fait son temps. Aujourd'hui, un client peut très bien nous commander un film d'entreprise mais aussi une version sur CD-ROM. Si nous ne pouvons répondre à sa demande, il ira voir ailleurs. C'est la même chose pour un imprimeur. L'impression de catalogues professionnels est source d'importants revenus. Celui qui ne pourra la fois offrir un catalogue sur papier et son équivalent sur CD-ROM disparaîtra, le client allant voir ailleurs. Cette évolution a été très bien comprise par Jean-Paul Corbaz à Montreux, éditeur du quotidien La Presse, qui s 'engage à nos côtés.
La nouvelle équipe sera formée d 'une quinzaine de personnes engagées à la fois dans la télévision locale - le démarrage pourrait être retardé à l'automne pour des raisons de locaux - et MédiaProfil. Nous offrirons trois prestations distinctes: la production et la formation télévisuelle, la production de films de commande et le multimédia.
Propos recueilli par Ignace JeanneretArticle original publié avec l’aimable autorisation des ayants droits.
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