Charles Morgan: ses machines deviennent humaines
Un film et une exposition cet été.
«J'ai longtemps eu envie de réaliser un catalogue de mes machines, mais comment restituer le mouvement?» L'artiste veveysan Charles Morgan, après des années de tergiversations, a enfin trouvé la solution: un film! Le producteur Costa Haralambis, directeur de «Mediaprofil» et de la télévision locale "ICI TV", en a confié la réalisation à un autre Veveysan, le cinéaste Kamal Musale.
L' idée est de filmer la naissance d'une machine, de la récupération de matériel sur un trottoir aux battements de cil... Il faut préciser que Charles Morgan s'est mis tout dernièrement à concevoir des machines de plus en plus humaines, des robots-musiciens cybernétiques hallucinés, que l'on peut d'ailleurs contempler à l'Hôtel Plaza Inter-Continental à Montreux jusqu'au 31 juillet, dans le cadre du Festival de jazz.
L'un de ces robots, Betty, chapeau et bottes de cow-boy, est avec Morgan l'héroïne principale de ce film d'une quarantaine de minutes. Fidèle à l'esprit du plus farfelu des Anglais de la Riviera, le film de Kamal Musale se veut aussi délirant que ces machines qui servent avant tout à faire rire et rêver.
"L'ambiance sur le tournage était fantastique", déclare Charles Morgan qui s'émerveille notamment des prouesses d'une caméra miniature semblable à celle que Christophe Dechavannes enfile avec jubilation dans l'oreille à chaque occasion.
Kamal Musale, pour sa part, explique avoir beaucoup parlé avec Morgan pour s'imprégner de sa façon de travailler. «Nous avons des atomes crochus, ça a bien marché. Il a d'abord fabriqué une première machines «à blanc» pour connaître les étapes de fabrication. C'est fascinant de le voir mettre en forme une vision, animer des objets métalliques habituellement sans vie. Nous cherchons à montrer comment il leur donne une âme. Ce rapport affectif avec la machine - comme avec une voiture - se traduit par une voix «off», celle de Betty, qui parle à Charles, son créateur».
Baignade pour «Betty»Auteur de no nombreux courts métrages et documentaires, dont plusieurs primés, Kamal Musale explique avoir misé sur de nombreux gags et une technique originale pour aboutir à «Un produit haut de gamme à mi-chemin entre la fiction, la publicité et le reportage». Dans l' une des scènes les plus folles, on voit le sculpteur habillé d'un scaphandre tremper Betty dans le lac!
Le film proprement dit, tourné en trois langues avec un budget de 200'000 francs, sera suivi d'un catalogue filmé des œuvres de Charles Morgan.
L'Univers de Charles Morgan sera proposé en cassettes vidéo dès cet automne au prix de 75 fr. L'exposition du Royal Plaza, pour sa part, présente une majorité d'œuvres récentes, mais aussi quelques pièces anciennes qui méritent aussi le détour. Betty au festival, c'est Betty «bop»!
Par Christian GUHL Charles Morgan donne vie à «Betty» sous le regard de Kamal Musale